Exposition Var : mémoire, patrimoine et médailles
Tout au long du mois de mai 2026, le hall d'accueil de la préfecture du Var accueille une exposition consacrée à l'histoire de l'esclavage et de ses abolitions. Cette initiative s'inscrit dans un temps fort de la mémoire nationale, avec un dispositif pensé pour toucher aussi bien le grand public que les plus jeunes générations.
Le mois de mai, temps fort des mémoires de l'esclavage
Mai n'est pas un mois ordinaire dans le calendrier mémoriel français. Il porte deux journées nationales de commémoration qui structurent cette période : le 10 mai, dédié à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions, et le 23 mai, journée d'hommage aux victimes de l'esclavage colonial. Ces deux dates donnent un cadre solennel à l'ensemble des événements organisés sur le territoire.
D'autres anniversaires complètent ce calendrier, propres aux territoires ultramarins. Chaque date correspond à l'abolition effective dans le département concerné :
| Territoire | Date de commémoration |
|---|---|
| Mayotte | 27 avril |
| Martinique | 22 mai |
| Guadeloupe | 27 mai |
| Guyane | 10 juin |
| La Réunion | 20 décembre |
Ces dates témoignent de la dimension nationale et ultramarine de cette histoire partagée. La préfecture du Var s'inscrit dans cette dynamique en rendant visible, dans ses locaux, un pan souvent méconnu du récit républicain.
L'Préfecture de la Gironde à Bordeaux, comme d'autres préfectures en France, participe également à des démarches similaires de valorisation du patrimoine mémoriel, ce qui montre que cette mobilisation dépasse le seul département du Var.
L'exposition #CESTNOTREHISTOIRE — contenu et dispositif pédagogique
La Fondation pour la mémoire de l'esclavage a conçu l'exposition #CESTNOTREHISTOIRE – Esclavage et abolitions : une histoire de France. Elle se compose de 15 panneaux qui retracent, du XVe au XXIe siècle, la construction et l'effondrement progressif d'un système fondé sur la déshumanisation. Chaque panneau associe données chiffrées, frise chronologique et portraits — héros reconnus ou figures anonymes — pour rendre la lecture accessible à tous.
Le contenu aborde plusieurs grandes thématiques organisées en trois blocs :
- La naissance de l'esclavage colonial : la traite européenne depuis l'Afrique, le commerce d'État, l'apogée du système au XVIIIe siècle, les discriminations et les tensions dans les colonies.
- Les résistances et les abolitions : le marronnage en Guyane, la révolution à Saint-Domingue, le rôle de Toussaint Louverture, les combats de Solitude en Guadeloupe, et la longue marche vers l'abolition définitive.
- Les héritages contemporains — l'engagisme et le travail contraint après 1848, l'apogée de la domination coloniale, et les liens entre cette histoire et les valeurs de Liberté – Égalité – Fraternité.
Ce découpage progressif permet une lecture aussi bien chronologique que thématique. Les visiteurs peuvent parcourir l'exposition à leur rythme, dans le hall d'accueil de la préfecture, sans inscription préalable.
Un partenariat pour élargir l'audience auprès des jeunes
La préfecture du Var ne s'arrête pas à ses murs. Dès la fin du mois de mai, l'exposition quitte le hall d'accueil pour entamer un parcours itinérant dans les établissements scolaires varois. Ce dispositif repose sur une convention renouvelée entre la préfecture et la Ligue de l'Enseignement – FOL 83.
Concrètement, la préfecture met les 15 panneaux à disposition de la Ligue de l'Enseignement, qui prend en charge leur diffusion auprès des collèges et lycées du département. Des temps de médiation structurés accompagnent chaque visite : projections, débats, échanges animés en partenariat avec la Ligue des Droits de l'Homme. Ces séances ne se limitent pas à la contemplation — elles encouragent une réflexion active sur la construction des droits fondamentaux.
Cette approche répond à un enjeu documenté : selon la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, l'histoire de la traite et de l'esclavage reste insuffisamment enseignée dans les programmes scolaires français, malgré son caractère central dans la formation des sociétés modernes. Rendre l'exposition mobile permet d'atteindre des publics qui ne se déplaceraient pas spontanément en préfecture.
D'autres institutions ont adopté des démarches comparables. La préfecture de Rouen en Seine-Maritime développe elle aussi des actions culturelles et mémorielles au sein de ses services, illustrant comment les préfectures peuvent devenir des relais de sensibilisation citoyenne au-delà de leur mission administrative.
Patrimoine mémoriel et rôle des préfectures comme espace citoyen
Au-delà de cette exposition, la présence d'un dispositif culturel dans un hall de préfecture mérite attention. Ces espaces, traditionnellement associés aux démarches administratives, peuvent devenir des lieux de transmission. Afficher l'histoire de l'esclavage à l'entrée d'une institution de la République envoie un signal fort — cette histoire appartient à tous, pas seulement aux spécialistes ou aux descendants directs.
Pour les usagers qui fréquentent la préfecture du Var pour leurs démarches habituelles — titres de séjour, naturalisations, permis divers — croiser ces panneaux peut susciter une curiosité inattendue. C'est précisément cet effet de proximité que recherche le partenariat avec la Fondation pour la mémoire de l'esclavage.
Si vous souhaitez approfondir le sujet après votre visite, le site de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage propose des ressources complémentaires, notamment des guides pédagogiques téléchargeables et des archives numérisées. L'exposition elle-même est consultable en version numérique, ce qui permet aux enseignants de préparer leurs classes avant une séance de médiation. Prendre le temps de s'y plonger avant la visite enrichit considérablement les échanges avec les élèves.