Préfecture réquisitionne terrain : le Ramier refuse
Un transformateur électrique planté dans un champ privé. C'est par cette découverte fortuite qu'un riverain du quartier du Ramier, à Montauban, a appris que la préfecture venait de réquisitionner dix hectares de terrain pour y installer une aire de grands passages destinée aux gens du voyage. Depuis, la mobilisation ne faiblit pas dans ce secteur résidentiel déjà marqué par plusieurs décennies de tensions liées à l'implantation de caravanes.
Un terrain réquisitionné sans concertation préalable
Le mécanisme est connu : faute d'application satisfaisante de la loi Besson de 1990 sur l'accueil des gens du voyage, et devant la multiplication des installations illégales sur des stades ou des espaces publics (notamment au stade de l'ancien abattoir à Gasseras et à celui de Capou à Montauban), l'ancien préfet Vincent Roberti avait engagé une politique de réquisitions. L'objectif : créer des aires de grands passages capables d'accueillir entre 200 et 300 caravanes chaque été, de juin à septembre.
Ce terrain du Ramier, appartenant à un certain M. Poujol, est le troisième à faire l'objet d'une telle mesure en trois ans. Le premier, situé à Bressols sur un terrain du même propriétaire non loin de la rocade, avait été mis en place en 2024 sans soulever de protestation spécifique. Le second, à la sortie de Saint-Étienne-de-Tulmont, avait en revanche déclenché une vive opposition de la population locale, qui s'était battue pour obtenir un retrait de la décision. Sans succès. Et cette aire-là n'avait finalement que très peu fonctionné, jugée trop difficile d'accès.
Cette fois, l'emplacement choisi est à quelques dizaines de mètres seulement des premières habitations. La directrice de cabinet du préfet, Ambre Bernard, a confirmé le choix du site tout en précisant la finalité du projet : « Ce terrain est envisagé pour un accueil temporaire lors des grands passages. L'objectif est d'éviter les installations illégales constatées ces derniers temps. On espère que l'aire sera ouverte pour les vacances. » Les frais de travaux d'aménagement restent à la charge des communautés de communes concernées.
Pour faciliter vos démarches auprès de la préfecture sur ce type de dossier ou pour toute question administrative liée à une réquisition, des ressources existent pour vous orienter efficacement.
Les habitants du Ramier face à un projet qu'ils rejettent
La réaction dans le quartier ne s'est pas fait attendre. Une pétition circule chemin de la Tauge et route de Négrepelisse. Les riverains ont mandaté un avocat et ont obtenu un rendez-vous en mairie ce mercredi pour exposer leur opposition. Leurs arguments mêlent enjeux pratiques, préoccupations économiques et sentiment d'injustice territoriale.
Voici les principaux griefs exprimés par les habitants :
- Présence déjà établie d'un camp d'environ 25 caravanes à 400 mètres du terrain visé, non loin de la SPA locale
- Risques de nuisances supplémentaires sur la circulation et le stationnement
- Crainte d'une dépréciation immobilière estimée à 50 % de la valeur des biens
- Caractère agricole des terres, classées en zone verte depuis plusieurs générations
- Sentiment d'une concentration des équipements indésirables sur un même secteur
« N'y a-t-il pas d'autres terrains à Montauban ? » demande une habitante du chemin de la Tauge, qui évoque aussi les courses sauvages de voitures et de motos le week-end. Un autre riverain insiste sur l'identité agricole du secteur : « Depuis plusieurs générations, nous sommes sur des terres classées en zone verte et on aimerait qu'elles le restent. » Le ton de certains dépasse la basique protestation, une habitante évoquant même la possibilité d'un épandage de lisier pour bloquer les travaux.
Le camp de la Mole, un dossier brûlant derrière l'aire estivale
Derrière le débat sur l'aire de grands passages se profile un projet autrement plus structurant : le transfert du camp de la Mole vers le Ramier. Ce camp accueille actuellement quelque 80 mobile homes et environ 500 personnes. Sa situation est préoccupante selon Eugène Daumas, président de l'Union française des associations tziganes (Ufat) : « Le camp de La Mole est une bombe à retardement. Chaque jour, je prie pour qu'il n'y ait pas un accident sur la rocade, un incendie ou une inondation, sachant que le terrain est juste à côté du Tarn. »
| Site | Type d'accueil | Statut actuel |
|---|---|---|
| Bressols (terrain Poujol) | Aire de grands passages | Opérationnel depuis 2024 |
| Saint-Étienne-de-Tulmont | Aire de grands passages | Peu utilisé, accès difficile |
| Ramier, Montauban | Grands passages (+ transfert Mole ?) | En cours d'aménagement |
| Camp de la Mole | Sédentarisation, 80 mobile homes | Zone inondable, déplacement prévu |
Ambre Bernard reconnaît la nécessité de déplacer le camp de la Mole, installé en zone inondable, mais se montre prudente sur l'avenir du site du Ramier : « Pour l'instant, le Ramier n'assurera qu'un accueil temporaire. » Tout est dans ce « pour l'instant », qui alimente les craintes des riverains.
Eugène Daumas pointe par ailleurs une difficulté structurelle : la sédentarisation croissante des gens du voyage se heurte à un manque chronique de solutions pérennes, les politiques d'accueil étant remises à zéro à chaque changement de préfet. Pour les usagers concernés par des démarches administratives dans le secteur, la plateforme de prise de rendez-vous en préfecture à Argelès-Gazost illustre combien l'accès aux services publics reste un enjeu pratique concret pour ces populations. Le bras de fer entre préfecture, communes et habitants du Ramier est loin d'être terminé.