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Ambulances Chambéry en grève : craintes de disparition

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Ambulances Chambéry en grève : craintes de disparition

Le 1er juillet 2026, une quarantaine d'ambulanciers savoyards ont stationné leurs véhicules devant la préfecture de Chambéry pour exprimer une colère qui couve depuis plusieurs mois. Banderoles déployées, klaxons retentissants : le message était sans ambiguïté. « Nous pourrions finir par disparaître », ont lancé plusieurs manifestants, résumant en quelques mots l'inquiétude profonde d'une profession qui se sent abandonnée.

Une profession au bord du gouffre financier

Le secteur du transport sanitaire traverse une crise structurelle que les professionnels du métier ne peuvent plus ignorer. Les ambulanciers de Savoie pointent avant tout l'insuffisance des tarifs de remboursement fixés par l'Assurance maladie, qui n'ont pas suivi la hausse des charges d'exploitation. Le carburant, les salaires, l'entretien des véhicules : tout augmente, tandis que les recettes stagnent.

Concrètement, le tarif de prise en charge d'une course en ambulance n'a été revalorisé que de 4,5 % entre 2020 et 2025, alors que l'inflation cumulée sur la même période dépasse 15 %. Ce décalage est insupportable pour des structures souvent familiales, qui ne disposent pas de marges suffisantes pour absorber ces surcoûts.

Les sociétés d'ambulances emploient en moyenne 8 à 12 salariés. Plusieurs d'entre elles ont déjà dû réduire leur flotte ou renoncer à certains créneaux de garde. Quelques-unes envisagent purement et simplement la fermeture.

Charge Évolution 2020-2025
Carburant +22 %
Salaires (brut chargé) +18 %
Entretien et matériel médical +14 %
Tarif de remboursement Assurance maladie +4,5 %

Face à ce contexte, la mobilisation devant la préfecture de Haute-Savoie n'est pas un coup de colère isolé. Des rassemblements similaires ont eu lieu dans d'autres départements français, notamment devant la préfecture du Doubs à Besançon, signe que la crise dépasse largement le cadre savoyard.

Les revendications concrètes des ambulanciers en grève

Les grévistes réclament des mesures précises, et non de simples promesses. Lors du rassemblement, les représentants de la Fédération Nationale des Transporteurs Sanitaires (FNTS) ont présenté une liste de demandes au sous-préfet reçu en délégation.

  • Une revalorisation immédiate des tarifs de transport sanitaire d'au moins 8 %
  • La révision du calendrier de négociation conventionnelle avec l'Assurance maladie
  • L'instauration d'une clause de revoyure automatique indexée sur l'inflation
  • Un soutien spécifique aux entreprises en zone rurale ou de montagne, où les distances parcourues sont bien supérieures à la moyenne nationale

Ce dernier point est particulièrement sensible en Savoie. Un transport vers le CHU de Grenoble depuis une commune alpine peut dépasser 80 kilomètres aller simple. À tarif constant, chaque course devient une perte nette pour l'entreprise.

« On ne fait pas ce métier pour s'enrichir », a déclaré un gérant d'une société ambulancière installée près d'Albertville. « Mais on ne peut pas non plus le faire à perte indéfiniment. » Ce témoignage illustre bien la tension entre vocation professionnelle et réalité économique.

Les ambulanciers insistent aussi sur leur rôle irremplaçable dans la chaîne de soins. Sans eux, des milliers de patients ne pourraient pas rejoindre leurs rendez-vous médicaux, dialyses ou chimiothérapies. Les hôpitaux eux-mêmes seraient directement affectés par une disparition de ces entreprises privées, qui assurent une part massive des transports que le SAMU ne peut pas couvrir.

Quel avenir pour le transport sanitaire en région ?

La question qui se pose désormais dépasse le simple conflit salarial. Si aucune réponse concrète n'est apportée par les pouvoirs publics, certains territoires pourraient se retrouver sans couverture ambulancière dans les prochaines années. Ce risque n'est pas théorique : plusieurs communes rurales de France ont déjà perdu leur dernier prestataire de transport sanitaire.

Pour les patients les plus fragiles, notamment les personnes âgées ou dépendantes, cette situation représente une menace directe sur l'accès aux soins. La désertification médicale, déjà documentée dans de nombreux départements, pourrait s'aggraver si le maillon du transport sanitaire venait à se briser.

Des mobilisations ont également eu lieu dans d'autres régions. À titre d'exemple, des ambulanciers de l'Aude se sont regroupés devant la sous-préfecture de Limoux pour porter des revendications identiques, confirmant que ce mouvement prend une dimension nationale.

Du côté des autorités, les réponses restent pour l'instant prudentes. Le sous-préfet de Chambéry a indiqué que les demandes seraient transmises aux ministères concernés, sans s'engager sur un calendrier précis. Cette réserve alimente la frustration des manifestants, qui attendent des actes, pas des relais administratifs.

Pour les entreprises de transport sanitaire, la prochaine échéance clé sera la réouverture des négociations conventionnelles prévues à l'automne 2026. Si ces discussions n'aboutissent pas à une revalorisation substantielle, une nouvelle vague de mobilisations semble inévitable. Les ambulanciers savoyards ont prévenu : ils reviendront, avec davantage de véhicules et une détermination intacte. La préfecture de Chambéry a été avertie. Le reste dépend maintenant des décideurs nationaux.